Monday, January 3, 2011

Préjugés prédéparts

À 13 dodos du départ, je vous envoie l'idée que je me fais de certains aspects de ma vie à Bobo. 

Je vais être malade...
Une chance pour moi que je ne suis difficile que sur la bouffe fancy... saumon fumé, fromages fins, câpres, charcuterie italienne. Manger des pâtes 7 jours sur 7 ne m'a jamais fait peur... mais le tô? du riz sauce tous les jours? Ça se peut que, comme tous ceux qui m'ont précédée, j'aie la diarrhée et des maux de ventre comme je peux difficilement l'imaginer, ce qui m'amène à

Je vais perdre 20 livres
Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose, surtout considérant que je suis en plein marathon de fêtes de famille, d'au revoir aux amis, et de « je vais m'ennuyer des hamburgers, de la poutine, de la lasagne, de la bonne bière » qui me déculpabilisent d'en manger plus que je devrais. Ma bédaine en prend un coup pour l'instant, mais je me rassure en me disant « c'est juste que je fais des réserves »!

Mais plus sérieusement
Je vais trouver ça tough, je vais être révoltée...
En 2001, quand je suis partie sur un coup de tête rejoindre mon oncle et sa famille en Côte d'Ivoire, ça m'a pris un mois à me faire à la culture. Un mois à être fâchée, à trouver que les gens envahissent ma bulle, n'ont pas de respect, quêtent sans arrêt, ne comprennent pas qui je suis, et à ne pas me sentir à ma place. On m'avait dit que les 2 chocs culturels les plus difficiles sont l'Afrique et l'Inde. C'est qu'on n'a pas de repères, aucune chance de se retrouver dans une façon de vivre basée sur le moment présent, parce qu'on ne sait pas de quoi sera fait demain, s'il y aura seulement un demain. Je me disais « je n'ai pas d'argent, je ne peux pas en donner! », tout en sachant que dans mon compte, il y a 5000$. Oui mais c'est pour rembourser mes prêts et bourses, c'est pour payer mon loyer à mon retour, c'est pour acheter des souliers quand ceux-ci seront brisés (ok, ok, et aussi pour quand j'en trouverai une paire « dont je ne peux absolument pas me passer »!!!). Bref, c'est pour... l'avenir. En 2001, j'ai fait face à une absence de conception de l'avenir qui m'a débalancée. Je me sentais agressée par la différence. Bien plus que par la pauvreté ou la maladie. Je pouvais aller enseigner le français dans un village de réfugiés libériens installés dans le grand dépotoir d'Abidjan, parce que même si ça puait, je savais que dans maximum 3 heures, je rentrerais à la villa et je retrouverais mon confort. Parce que je ne vivais quand même pas comme les Africains.
Pendant le 2e mois, je n'étais plus déboussolée, mais ce n'était pas chez moi. Je me disais que j'allais faire mon temps. Et que je ne reviendrais plus en Afrique, il faut reconnaître ses limites. Le 3e mois, j'ai un peu plus compris. Je me suis mise à apprécier le moment présent. À comprendre que si les gens quêtent, c'est parce qu'ils sont conscients que j'ai plus qu'eux. Parce que quand je me suis retrouvée dans le besoin, on m'a aidée. Quand je suis partie avec 3 amis en « road trip » sur le pouce à travers la brousse, on nous a embarqués, même si ce n'était pas dans la culture de faire du pouce, il y a eu des gens pour s'arrêter et nous amener un peu plus loin. Alors après 3 mois, j'étais bien, et comme beaucoup qui l'ont vécu, j'ai trouvé le choc du retour très pénible. Trop de rationnel, pas assez d'humain, trop d'avenir pas assez de présent, trop d'individus, pas assez de communauté. Je n'avais qu'une envie, finir mon bac et repartir...
Je m'attends donc à un choc. Eve, l'amie qui me reçoit à Bobo, me dit que le Burkina, c'est tough. Plus que la Côte d'Ivoire, plus que le Sénégal. Et je la crois. Je ne sais pas à quoi m'attendre, je ne sais pas comment imaginer un « pire », mais au moins je sais comment imaginer un « semblable ». Et je sais que je vais trouver ça dur. Dur de me refaire plonger dans un « autre » qui me demande, pour l'accepter, que je renie un peu de ce que je suis, mes valeurs d'occidentale, de bourgeoise, d'intellectuelle. Je le sais, et j'y suis prête, je suis convaincue que j'en ai besoin, pour me rééquilibrer et me sentir faire partie de cette humanité. Je me doute aussi que, comme la première fois,

Je ne voudrai plus revenir
Mais là, c'est comme de mettre la charrue devant les boeufs, et comme je ne veux pas faire peur à ma mère, à certains de mes amis qui attendent déjà mon retour, j'en parlerai une autre fois.

J'ai hâte. J'ai hâte de comparer ma vie de là-bas à ces préjugés. J'ai hâte d'avoir chaud. Et j'ai hâte d'avoir fini ma correction.
On se reparle bientôt.

1 comment:

  1. Coucou ma belle
    Déjà bonne année!!!! Je te souhaite de vivre une expérience riche en découvertes et en émotions! C'est sûr que c'est pas facile le choc des cultures. Cette expérience demande d'avoir le courage de se remettre en question et de quitter son petit confort quotidien pour vivre des expériences nouvelles même si parfois déstabilisantes. Je t'admire! Je te fais plein de bisous et viendrai lire tes aventures!
    Ta jumelle de Provence.

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